Les points clés
À retenir- Un site historique transformé pour la voiture électrique : l’usine Valeo d’Étaples, forte de 1 200 collaborateurs, devient un centre français d’assemblage d’onduleurs haute tension.
- Une technologie stratégique pour la souveraineté industrielle : les onduleurs sont des composants critiques des véhicules électriques, au cœur de la chaîne de traction.
- Une dynamique d’emploi et de compétences locales : le projet s’appuie sur 180 experts R&D intégrés au site et prévoit 50 embauches pour accompagner la montée en puissance.
- Un modèle reproductible pour d’autres territoires industriels : plutôt que créer un site ex nihilo, Valeo fait évoluer une usine existante vers un marché d’avenir, en combinant savoir-faire local, innovation et soutien p
Dans l’atelier, les gestes sont précis. Les pièces passent d’un poste à l’autre. Les opérateurs contrôlent, assemblent, vérifient. Ici, à Étaples, on ne parle pas de la voiture électrique comme d’une promesse lointaine. On la fabrique déjà.
Le site Valeo a longtemps été associé aux machines électriques 12 et 48 volts. Chaque année, 8,3 millions d’unités y sont produites. C’est plus que la population de la région Hauts-de-France. Mais l’usine ne se contente plus de son savoir-faire historique. Elle change d’échelle.
Avec le projet industriel « Haute Tension 2025 », Valeo installe à Étaples de nouvelles lignes de production dédiées aux onduleurs haute tension. Ces composants sont essentiels dans une voiture électrique : ils pilotent l’énergie qui circule entre la batterie et le moteur. En clair, ils transforment la puissance stockée dans la batterie en mouvement.
« Étaples est le symbole d’un savoir-faire technologique et d’une agilité industrielle qu’il nous faut préserver pour écrire l’avenir de l’industrie européenne », a déclaré Christophe Périllat, directeur général de Valeo, lors de l’inauguration des nouvelles lignes.
Un site historique qui refuse de rester dans le passé
À Étaples, Valeo n’arrive pas sur une page blanche. L’usine fait partie du paysage industriel local. Elle emploie 1 200 collaborateurs. Elle abrite aussi 180 experts R&D, directement intégrés au site. Cela change beaucoup de choses : les équipes qui conçoivent les solutions ne sont pas éloignées de celles qui les produisent.
Cette proximité permet d’aller plus vite. Une difficulté repérée en production peut remonter immédiatement aux équipes techniques. Une évolution de produit peut être testée dans un environnement industriel réel. L’innovation ne reste pas dans un centre de recherche. Elle descend dans l’atelier.
« La force d’Étaples, c’est cette continuité entre l’intelligence technique et la culture de production. On ne sépare pas les ingénieurs d’un côté et les opérateurs de l’autre. Tout le monde travaille sur le même objet industriel », explique un porte-parole de Valeo.
Le projet s’inscrit dans une stratégie engagée par Valeo depuis 2009 autour de l’électrification. L’entreprise a progressivement élargi son expertise : alternateurs 12 volts, hybridation 48 volts, puis systèmes haute tension 400 et 800 volts. À Étaples, cette trajectoire devient visible sur les lignes.
La haute tension, une bataille industrielle très concrète
Les onduleurs haute tension ne sont pas des pièces accessoires. Ils font partie des composants critiques d’un véhicule électrique. Ils influencent la performance, l’efficacité énergétique, l’autonomie et la fiabilité de la chaîne de traction.
Ces systèmes équipent notamment les véhicules électriques de segments supérieurs, utilitaires ou particuliers. Ce sont des modèles dans lesquels la puissance, le rendement et la capacité à gérer de fortes tensions deviennent déterminants.
L’enjeu dépasse donc le seul site d’Étaples. Il touche à la capacité de la France et de l’Europe à maîtriser des briques technologiques clés de la mobilité électrique.
« Si nous voulons une industrie automobile européenne forte, nous devons savoir produire ici les composants qui feront la valeur des véhicules de demain. La souveraineté ne se décrète pas. Elle se fabrique, ligne après ligne », souligne le porte-parole de Valeo.
Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a d’ailleurs présenté l’investissement de Valeo à Étaples comme une preuve que la France peut rester une terre de pointe pour la mobilité décarbonée.
Une chaîne industrielle française, de Sainte-Florine à Sablé-sur-Sarthe
Le projet d’Étaples ne fonctionne pas seul. Il s’appuie sur une synergie industrielle nationale. Les onduleurs et leurs cellules de commutation sont assemblés à Étaples, avec des sous-composants provenant d’autres sites Valeo en France, notamment Sainte-Florine et Sablé-sur-Sarthe.
Cette organisation donne au projet une dimension territoriale plus large. Il ne s’agit pas seulement de renforcer une usine. Il s’agit de consolider une chaîne française de compétences, de production et d’innovation.
« L’intérêt de ce projet, c’est qu’il ne crée pas une île technologique. Il relie plusieurs sites, plusieurs savoir-faire et plusieurs bassins d’emploi autour d’un même objectif : produire en France des composants stratégiques pour l’électrification », explique un responsable industriel du groupe.
Les premières commandes ont déjà été sécurisées. La production démarre en 2026, pour des véhicules électriques utilitaires et particuliers attendus à partir de 2027.
Cinquante embauches et des métiers qui montent en compétence
L’électrification ne transforme pas seulement les produits. Elle transforme aussi les métiers. Les nouvelles lignes demandent des opérateurs, des techniciens, des ingénieurs, des spécialistes de l’électronique de puissance, des experts qualité et des profils capables de travailler dans des environnements industriels de haute précision.
Valeo a annoncé un plan de 50 embauches pour accompagner cette montée en puissance. À l’échelle d’une grande métropole, ce chiffre pourrait sembler modeste. À Étaples, il compte. Cinquante emplois industriels qualifiés, c’est une dynamique pour des familles, des commerces, des sous-traitants et tout un bassin d’emploi.
« Pour une ville comme la nôtre, chaque emploi industriel pèse lourd. Il crée de la stabilité, de la compétence et de la fierté. Ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement l’avenir d’un site Valeo. C’est la place d’Étaples dans l’industrie de demain », estime Sébastien Baillet, maire d’Étaples.
Le projet peut aussi changer le regard porté sur l’usine. L’industrie n’est plus seulement associée à un passé productif. Elle devient un lieu de transition, d’innovation et de formation.
Une ville qui retrouve une place dans le récit industriel français
Étaples est une ville de bord de mer, mais aussi un territoire de travail. Son bassin d’emploi ne ressemble ni à un grand quartier d’affaires, ni à une technopole hors sol. C’est précisément ce qui rend le projet intéressant : la haute technologie ne s’installe pas seulement dans les métropoles.
Elle prend racine dans une usine existante, avec des salariés déjà là, des compétences accumulées et une culture industrielle locale.
« Les habitants connaissent Valeo. Ils ont un voisin, un parent, un ami qui y travaille ou qui y a travaillé. Quand le site évolue vers l’électrification, ce n’est pas une abstraction. C’est une nouvelle étape dans une histoire locale », raconte le maire d’Étaples.
Cette dimension compte dans l’acceptation du projet. L’électrification peut parfois sembler lointaine, technique ou imposée d’en haut. À Étaples, elle devient concrète : des lignes de production, des recrutements, des formations, des véhicules qui sortiront demain avec une partie de leur intelligence fabriquée ici.
Des obstacles industriels, mais une réponse par la compétence
Un projet de cette nature ne se limite pas à installer de nouvelles machines. Il faut adapter les process, former les équipes, sécuriser les approvisionnements, atteindre les exigences de qualité de l’automobile et réussir la montée en cadence.
Dans les composants haute tension, la précision est décisive. Les pièces doivent être fiables, répétables, performantes. La moindre faiblesse peut avoir des conséquences sur l’efficacité du véhicule.
« La difficulté, c’est de passer d’un savoir-faire reconnu à un nouveau standard technologique. On ne repart pas de zéro, mais on doit apprendre à produire autrement, avec des niveaux d’exigence encore plus élevés », explique un responsable du site.
La réponse de Valeo tient en trois leviers : l’investissement dans l’outil industriel, l’intégration de la R&D sur place et la formation des collaborateurs. La transformation n’est donc pas seulement matérielle. Elle est aussi humaine.
Ce que d’autres territoires peuvent copier
Le projet d’Étaples est inspirant parce qu’il montre une voie possible pour les territoires industriels. Il ne s’agit pas d’attendre une usine nouvelle sur un terrain vierge. Il s’agit de faire évoluer un site existant vers les marchés d’avenir.
Trois conditions semblent essentielles.
La première est de partir d’un socle industriel solide. Étaples disposait déjà de compétences, d’équipes, d’une culture de production et d’un volume important d’activité.
La deuxième est de relier l’usine à une stratégie technologique claire. Ici, le passage vers la haute tension répond à un marché identifié : l’électrification des véhicules.
La troisième est d’associer les acteurs publics. L’État, la Région, les collectivités et les élus locaux contribuent à donner de la visibilité, à accompagner les transitions et à inscrire le projet dans un récit territorial.
À Étaples, la voiture électrique n’est donc pas seulement une affaire de batteries ou de moteurs. C’est une histoire de salariés, de lignes de production, de savoir-faire local et de confiance retrouvée dans l’industrie.
Une usine historique pouvait devenir un symbole du passé. Valeo en fait un morceau du futur.
